Lu dans Le Monde du jour – Par Isabelle Mandraud (Tunis, envoyée spéciale)
Le couvre-feu a été instauré à Tunis, mardi 12 juin, de 21 heures à 5 heures du matin, et dans sept autres gouvernorats du pays, à Ben Arous, Manouba, l’Ariana, dans la banlieue de la capitale, mais aussi à Sousse, Monastir, Jendouba, Médenine et dans la ville de Ben Gardane, près de la frontière libyenne.
Cette décision, prise par le premier ministre, Hamadi Jebali, peu avant 20 heures, fait suite à une soudaine flambée de violence au cours de laquelle des salafistes et des jeunes se sont affrontés aux forces de sécurité, faisant plus de 100 blessés, dont 65 parmi les policiers, selon un premier bilan établi par le ministère de l’intérieur.
En l’espace de vingt-quatre heures, des postes de police, des sièges de parti politique et celui de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), la puissante centrale syndicale, ont été incendiés, des routes bloquées en plusieurs endroits. A Sijoumi, un tribunal, spécialisé dans les affaires financières, a été la proie des flammes.
« Nous sommes entrés dans une phase au cours de laquelle nous pourrions voir des incidents similaires se produire », a annoncé en fin d’après-midi, mardi, le ministre de l’intérieur, Ali Larayedh, devant l’Assemblée constituante tunisienne. « Nous nous attendons à ce que cela continue dans les jours à venir », a ajouté le ministre.
DES TENSIONS AUX MULTIPLES ORIGINES
La situation a été jugée d’autant plus préoccupante qu’elle a correspondu avec la diffusion, abondamment relayée sur les sites Internet, d’un appel attribué à Ayman Al-Zawahiri, dans lequel le chef d’Al-Qaida, successeur d’Oussama Ben Laden, incite les Tunisiens à réclamer la charia.
Puis la tension est encore montée d’un cran avec un autre message, d’un « chef » salafiste tunisien cette fois, Abou Ayoub, qui appelle dans une vidéo à « un soulèvement populaire » vendredi, tout en qualifiant de « pseudo-islamisme » la politique du parti islamiste au pouvoir, Ennahda. En octobre 2011, le même avait lancé les attaques contre la chaîne de télévision Nessma TV.
Les incidents, qualifiés « d’actes terroristes » par le porte-parole du ministère de l’intérieur, Khaled Tarrouche, ont commencé à éclater le 10 juin, jour de la fermeture du Printemps des arts, principale manifestation tunisienne des arts plastiques depuis une dizaine d’années, organisé au palais Abdellia, dans la banlieue chic de Tunis, à La Marsa. Plusieurs artistes y exposaient leurs œuvres récentes, leur angoisse aussi.
Intégralité de l’article : http://www.lemonde.fr/tunisie/article/2012/06/13/couvre-feu-en-tunisie-apres-une-vague-de-violences_1717465_1466522.html?xtmc=couvre_feu_en_tunisie&xtcr=2


