Le pèlerinage de la Ghriba, plus ancienne synagogue d'Afrique, vient de s'achever mardi dernier pour environ 4000 juifs venus principalement de France et Israël dans Djerba qui retrouvait son rythme paisible.
Bref rappel historique sur ce pèlerinage qui chaque année produit au monde, un bel exemple de tolérance et de vie heureuse entre les deux communautés arabes et juives.
La synagogue de la Ghriba
La synagogue de la Ghriba est une synagogue située dans le village d'Er Riadh sur l'île de Djerba. Elle est rattachée au rite séfarade.
Ghriba signifie « merveilleux » ou « étrange » en arabe et reflète le statut spécial de la synagogue dans les traditions juives de Tunisie. Elle est la plus connue d'un certain nombre de synagogues portant le même nom et situées dans d'autres pays d'Afrique du Nord (notamment à Annaba). La renommée de la synagogue est basée sur les nombreuses traditions et croyances qui soulignent son ancienneté et son importance parmi les juifs locaux et ceux des anciennes communautés juives de Tunisie et de la Libye voisine.
Selon la tradition orale des rabbins de Tunisie, l’histoire de ce lieu saint remonterait à la destruction du premier temple de Jérusalem par le roi Nabuchodonosor, en 565 avant l’ère chrétienne. Les serviteurs du temple, les Cohanims (pluriel de Cohen), ayant échappé au massacre, réussirent à emporter l’une des portes (ou était-ce une dalle ?) du temple. Ils s’enfuirent en bateau, en suivant la route (où étaient-ils simplement poussés par les vents ?) des Phéniciens bâtisseurs de Carthage, et celle d’Ulysse qui, retenu à Djerba par des fleurs enivrantes, lui avait donné le nom d’Ile des Lotophages.
Le village où elle se situe, également connu sous le nom d'Hara Sghrira (« Petit Ghetto »), abrite une communauté juive de plusieurs centaines de personnes. L'établissement prend donc parfois le nom d'Hara Sghrira mais on le connaît également sous le nom de Dighet, nom provenant d'une variante berbère du mot hébreu signifiant « porte ».
La Ghriba est la plus célèbre et la plus vénérée des 20 synagogues et maisons de prière qui fonctionnaient encore dans les trois villages juifs de Djerba dans les années 1950. Dans le village d'Er Riadh, il existe également cinq yeshivas. Cependant, les rouleaux de la Torah sont gardés à la Ghriba à la suite d'une décision prise par les rabbins locaux, à la fin du XIXe siècle, afin de maintenir la pré-éminence de la Ghriba. La communauté villageoise s'y réunit à l'occasion du shabbat.
Un pèlerinage annuel, qui a lieu à la Ghriba au 33e jour de la Pâque juive, rassemble les juifs d'Afrique du Nord. Les festivités commencent le 14 Iyar pour la commémoration de Rabbi Meir Baal HaNess et continuent jusqu'au 18 Iyar (fête du Lag Ba'omer), jour du souvenir de Rabbi Shimon Bar Yochaï localement connu sous le nom de Rabbi Shem'un. Le pèlerinage inclut une visite à la synagogue, l'aumône, des prières et la participation à l'un des deux cortèges qui ont lieu pendant les deux derniers jours du pèlerinage.
Parmi tous les lieux de culte d’Afrique du Nord, la Ghriba est considéré comme le plus sacré. Officiellement, le pèlerinage célèbre l’anniversaire de la mort de deux éminents rabbins kabbalistes : Rabbi Meyer Baal Nich, homme de miracles, et Rabbi Shiméon Bar Yohai, à qui les juifs d’Afrique du Nord attribuent l’un des commentaires du Zohar - le livre des Splendeurs -, l’un des grands ouvrages de la mystique juive.
La veille de la procession, les pèlerins affluent. Ils viennent de Tunis, de Paris et du monde entier. Dès le matin, ils allument des bougies pour tous les êtres chers qui n’ont pas pu les accompagner. Les rabbins récitent des prières et bénissent des fruits secs, symboles d’abondance et de fertilité, et de la Boukha, eau de vie de figue, qui sont ensuite distribués à la ronde. Cette coutume qui accompagne la visite des lieux saints en Afrique du Nord est d’ailleurs partagée par les musulmans.
Le matin de la procession, pèlerins et Djerbiens sont tous réunis dans l'oukala, le caravensérail en face de la synagogue, où se sont installés le temps des festivités un restaurant cacher, un marchand de briks à l’œuf, un épicier... et où sont logés les pèlerins les plus pauvres. Les jeunes Djerbiennes habillées à l’européenne, sont très élégantes avec leurs petits chapeaux assortis à leurs tailleurs, mais leurs mères portent encore le costume traditionnel : la fouta, le voile blanc, et la coiffe rouge qui ressemble à une pégase grecque. Toutes portent le chapeau, car pour les juifs pratiquants, la chevelure d’une femme mariée, c’est sa nudité.


Les hommes ont passé la nuit à lire le Zohar, le grand livre de la mystique juive. Au petit matin, ceux de la communauté ont sorti la Ménara, une pyramide hexagonale en argent dans laquelle sont inscrits les noms des douze tribus d’Israël et ceux des rabbins renommés de Tunisie. Les Tables de la Loi en argent et le nom de Dieu “Sheddai”, gravé dans l’étoile de David, couronnent l’édifice. Les femmes aspergent la Menara d’eau de cologne, les hommes d’eau de vie. Le privilège de porter la Ménara, ne serait-ce que sur quelques mètres, fait l’objet d’enchères passionnées. Les enchères terminées, la procession quitte le fondouk dans la liesse. “La Menara est semblable à la jeune fille sur le point d’être conduite à son époux. On l’appelle “la mariée”. On la conduit jusqu’à l’une des petites synagogues ou Yeshiva de la Hara Sghira, et l’on célèbre le mariage mystique de la communauté avec son Seigneur”. La musique de l’orchestre et les youyous sensuels des femmes escortent cette marche nuptiale.
Le cortège inclut des visites à d'autres salles de prière du village. Il ressemble ainsi à une cérémonie de mariage qui signifie l'union mystique entre le peuple d'Israël et la divinité. Les participants chantent alors des chansons en l'honneur de Rabbi Shem'un dont une phrase dit : « Oh rabbin Shimon ! Quand vous viendrez pour nous délivrer de l'exil ! ». En soirée, le lustre est présenté à l'intérieur de la synagogue et des bougies sont allumées sur les cinq rangées.
Le cortège inclut des visites à d'autres salles de prière du village. Il ressemble ainsi à une cérémonie de mariage qui signifie l'union mystique entre le peuple d'Israël et la divinité. Les participants chantent alors des chansons en l'honneur de Rabbi Shem'un dont une phrase dit : « Oh rabbin Shimon ! Quand vous viendrez pour nous délivrer de l'exil ! ». En soirée, le lustre est présenté à l'intérieur de la synagogue et des bougies sont allumées sur les cinq rangées.
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Réactions:
le 18/05/2009 à 15:12
le 24/06/2009 à 15:53