Retour au Bled - Témoignages

Publié le: 01/07/2007 » Commentaires

Retour au bled

 

Ils l’ont fait…. et ils nous en parlent !

Karim et malika 32 et 28 ans, commerçant et mère au foyer.                                                           

“Préserver notre vie de famille et l’éducation de nos enfants ”
En France, je n’ai jamais coupé les liens avec la Tunisie ; je passais toutes mes vacances à la Marsa (en banlieue de Tunis). C’est d’ailleurs pendant ces vacances, il y a 5 ans, que j’ai rencontré ma femme, elle aussi, résidente en France. Après notre mariage, nous nous sommes installés à Paris. Ma femme exerce comme comptable et moi je viens de lancer une marque de vêtement.
Même marié, j’ai continué à venir tous les étés à Tunis, accompagné de ma femme et mes enfants. A Paris, on avait une vie confortable mais le rythme de vie devenait, à la longue, très stressant et épuisant. Ensuite, avec les enfants, tout devenait de plus en plus difficile : problèmes de «crèche», mauvaises tentations...Mes beaux-parents et mes parents sont rentrés définitivement, il y a deux ans. Avec ma femme, nous avons décidé de rentrer l’été dernier.
Nos enfants sont encore jeunes et nous avions réellement envie qu’ils grandissent “entourés”, bien éduqués suivant leurs racines.
A Paris, les impératifs de la vie quotidienne sont tellement étouffants que nous profitions peu de notre vie familiale. Ici, ils sont inscrits à l’école française, ma femme les emmène au petit matin et notre famille nous soutient énormément. En Tunisie, nous vivons plus harmonieusement notre vie familiale.
Avec mes occupations professionnelles, je fais souvent la navette entre Paris et Tunis, mais aujourd’hui, je suis rassuré de savoir que ma petite famille n’est pas seule.Le plus difficile au début, c’est de combattre l’image qu’ont de nous les tunisiens. Pour eux, venant de France, nous sommes forcément très
aisés.L’autre difficulté rencontrée : la lourdeur des administrations locales. La moindre formalité se transforme en parcours du combattant.
Même aujourd’hui, j’ai encore beaucoup de mal à m’adapter à leur façon de faire.En définitive, je pense que revenir au bled c’est l’idéal pour éduquer les enfants dans un cadre sain et mieux vivre sa vie familiale.
Avec le temps, si on se lasse, on n’hésitera pas à repartir mais jusqu'à présent l’expérience est concluante.

Jacob, 47 ans, restaurateur

Mon Lot et Garonne à moi, c'est La Goulette!
Après mon baccalauréat, je me suis installé à Paris, pour poursuivre mes études supérieures. Entre études, mariage et travail, j'y suis resté 18 ans...Un jour, j'ai été le témoin d’un grave accident, j’ai alors pris la décision de revenir m'installer chez moi en Tunisie, auprès de ma mère. Je suis revenu avec un vrai projet de vie. J'ai créé un restaurant de tradition afin de maintenir vivace la mémoire judéo tunisienne ; j'ai créé également un atelier d'artisanat pour venir en aide aux jeunes de mon quartier qui étaient en rupture scolaire. Entre le resto, l'atelier et mes diverses activités artistiques (écriture, peinture...), je travaille certainement beaucoup plus que lorsque je vivais à paris. Je gagne certainement moins qu'à cette époque aussi mais j'ai économisé en stress et en angoisse... et le bilan après onze années passées en Tunisie est largement plus positif que celui de ma période parisienne.
Certes, mes enfants sont restés à Paris (elle est plus leur ville qu'elle ne sera jamais la mienne) mais entre le téléphone, internet, et mes visites
régulières, je reste très présent dans leur vie et eux dans la mienne.Dans l’esprit, je suis comme un natif du Lot et Garonne qui, après plusieurs années de vie à Paris, rentre au berceau pour prendre le temps de vivre. Mon Lot et Garonne à moi, c'est La Goulette!
En dehors de certaines lenteurs administratives et un excès de zèle de certains fonctionnaires, ma période d’intégration en Tunisie s'est très bien passée.
Comme partout lorsqu’on est nouveau, il vaut mieux être prudent pour ne pas se laisser guider dans des expériences négatifs.

 

Nabil , 32 ans, Manager télécoms

“Consolider le positionnement international de Tunisie Télécom et valoriser les atouts stratégiques de la Tunisie”
 Je suis né à Gand en Belgique, de parents tunisiens, j’ai toujours vécu en Belgique avant de la quitter vers la fin de l’année 2003 pour les Emirats Arabes Unis - Dubaï.J’ai débuté ma carrière professionnelle, en tant que « Account Manager Belgique », chez Winstar International, une société américaine spécialisée dans les services de télécommunication à forte valeur ajoutée. En 2001, je rejoins le Groupe Belgacom, opérateur historique en Belgique où je suis chargé de développer les affaires de Belgacom sur les différents marchés allemands, suisses et autrichiens, je couvre par la même occasion la région du Moyen- Orient.
Fin 2003, avec le soutien des dirigeants de Belgacom ICS, j’ouvre le bureau de Belgacom à Dubaï et m'installe aux Emirats Arabes Unis (EAU) en tant que Directeur Régional Moyen Orient & Afrique du Nord. Début 2007, Tunisie Télécom me propose un challenge exaltant : développer ses positions à l’International. J’accepte immédiatement, très enthousiaste à l’idée de venir contribuer au développement du pays de mes racines.
En matière de télécoms, je dois avouer que la Tunisie dispose de solides atouts stratégiques : la modernité de ses infrastructures ; l’internationalisation de son économie (tourisme…) et, surtout une position stratégique au confluent de l’Europe, de l’Afrique et du Moyen-Orient… Aujourd'hui, je suis à la tête de la toute nouvelle Direction Centrale « Wholesale & International » de Tunisie Telecom dont le rôle est de développer le business de la vente en gros aux opérateurs nationaux/internationaux et, de permettre à Tunisie Telecom et à la Tunisie de s’imposer comme la plaque tournante du Maghreb pour le trafic international « voix et data ».Depuis 3 mois, tout s’est accéléré, je vis une nouvelle «page» avec ma petite famille, installée à Tunis. Malgré quelques petites appréhensions initiales liées au changement de vie, tout s’est parfaitement bien déroulé : le déménagement mais aussi l’ensemble des formalités douanières et civiles. Quant à mon intégration dans la société tunisienne, je confirme que les tunisiens sont très chaleureux, la Tunisie est très accueillante et ne demande qu'à se développer davantage pour atteindre l'Excellence.

 Faten, 29 ans, consultante en ressources humaines

“Je n’ai pas réussi à m’adapter, mais si c’était à refaire, je le referai… ”
Je suis née en France, à Tours dans la région Centre. Mes parents, originaires de la région du Kef en Tunisie, ont toujours veillé à ce que moi et mes 3 frères, nous ne manquions de rien. Pendant des années, ils se sont sacrifiés pour que nous poursuivions des études supérieures et ils ont su nous éduquer dans le respect et l’amour du pays.Petits, nous attendions avec beaucoup d’impatience, ce mois de vacances tous les ans au bled. À la fin de mes études universitaires, j’ai été recrutée au département «Ressources Humaines» d’une grande banque à Paris. Mes parentsétaient très fiers de voir la réussite de leur fille aînée ; ils y voyaient enfin la juste récompense de leurs sacrifices.Moi, en revanche j’étais pleine d’incertitudes sur mon avenir. Au bout de quelques années, j’ai eu envie d’une expérience internationale et très naturellement, le choix du bled s’est imposé à moi. Après quelques entretiens professionnels en Tunisie, j’ai été recrutée comme Manager « Formation et Ressources humaines » dans un important nouveau call center à Tunis. Ces nouvelles responsabilités n’étaient pas pour me déplaire en termes de défi. En plus, j’ai été très bien accueillie par le personnel et l’équipe dirigeante. Professionnellement, j’étais très épanouie dans cette multinationale où le management était semblable à ce que j’avais connu en France. En plus, j’étais plutôt bien payée. Au début, c’était « boulot-famille-dodo ». J’avais très peu de vie sociale en dehors de mes collègues et ma famille. Après quelques mois, j’ai commencé à sentir la solitude. Ma famille et mes amis me manquaient cruellement et je n’arrivais pas à les remplacer. On n’efface pas aussi simplement 29 années de vie et relations affectives !Avec mes nouveaux amis, les relations étaient différentes ; je sentais comme un décalage cultrel qui m’empêchait de vivre profondément ces nouvelles relations. Pour beaucoup, j’étais la « beurette » pleine de différences : une « chez nous là-bas ».Plus tard, quand j’ai voulu vivre de façon indépendante par rapport à ma famille, on m’a répondu sans concessions : « ça ne se fait pas pour une fille de vivre seule. Que vont dire la famille et les voisins ? ».
Au bout de 18 mois, l’atmosphère s’est alourdie et j’ai décidé de rentrer en France. Je n’étais plus disposée à faire autant de sacrifices et, surtout ma famille et mes amis me manquaient de plus en plus. Au final, je ne regrette pas du tout cette expérience qui a duré pratiquement 2 ans. Elle m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires et, de me ressourcer (j’ai même commencé à apprendre l’arabe). Mais je n’étais pas assez armée pour un changement de vie aussi radical. Je crois que si j’étais partie en couple ou en famille, les choses se seraient mieux passées.Aujourd’hui, j’éprouve encore plus de plaisir à y retourner avec mes parents ; mon expérience m’a permis de mieux apprécier nos coutumes et notre culture.

Hamadi, 32 ans, cadre dans le tourisme

“Entre CDD et missions d’intérim en France, j’ai décidé de rebondir en Tunisie ”
 Je suis né en France, contrairement à mon grand frère. Mes parents tenaient à ce qu’on passe toutes nos vacances en Tunisie et, c’était pour nous une vraie joie de retrouver tous mes cousins.Je suis originaire d’un petit village en banlieue de Sousse où régnait pendant l’été, une ambiance de colonie de vacances. J’enviais ces villageois, d’être tout le temps réunis, d’avoir du soleil et la plage et, leur vie simple sans grand stress.
L’été c’était les mariages quotidiens et les fêtes familiales. A cette époque, j’ai vécu ma première histoire damour aec une cousine éloignée. Après mes études, j’ai eu du mal à trouver un travail intéressant, j’accumulais les CDD et les missions d’intérim. Un été il y a 10 ans, j’ai eu une vraie histoire d’amour avec une voisine.Je ne voulais plus du tout rentrer en France et comme le hasard fait bien les choses mon oncle m’a proposé un poste à responsabilités das le tourisme.
Je suis alors rentré en France pour régler mon départ et je suis revenu 2 mois après, m’installer définitivement à Sousse . A l’époque, j’avais 25 ans.
Les premiers mois d’hiver ont été difficiles car l’ambiance change beaucoup par rapport à l’été. En plus, on se sent isolé par rapport à
la famille restée en France . Heureusement, chez nous on a le sens de la famille très développé : mes oncles et tantes m’appelaient tous les jours pour m’inviter à dîner et combler ma solitude. Ils me traitaient comme leur fils. Cet amour familial m’a aidé à tenir le coup. L’autre difficulté : le rejet de certaines personnes par rapport à mon accent et mon manque de maîtrise de la langue arabe. M’exprimer en français, ma langue maternelle, était normal pour moi mais mes interlocuteurs pensaient que je faisais preuve de snobisme et ça créait beaucoup de distances entre nous. Aujourd’hui, après 7 ans en Tunisie, je me considère comme très bien intégré, je me suis marié il y a 5 ans dans la pure tradition du Sahel… Mes parents me manquent un peu et les sorties parisiennes aussi mais je suis convaincu que pour mes enfants ce sera plus simple ici. En Tunisie, on se sent moins seul, Il y a des gens sur qui je peux me reposer.
Pour l’avenir, j’aimerais que mes enfants fassent leurs études à l’étranger pour avoir comme moi cette doube culture, à laquelle je tiens beaucoup.
Source: Mag 00216 - N°001


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(confidentiel)
   
 

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