
Malgré toutes les transformations qu’ont subies ces trente dernières années les hammams anciens, cet espace de purification, de socialisation et de récréation connaît en Tunisie une belle vitalité. Les salles de bain privées n’ont pas réussi à détrôner un lieu qui était considéré il y a quelques années encore comme une véritable institution. Les nouveaux hammams qui fleurissent dans les hôtels et les centres de bien être prouvent à quel point les hammams connaissent aujourd’hui une belle jeunesse.
Souvent, le flâneur attentionné dans la médina de Tunis remarque des portes colorées, cloutées et ouvragées. Ces portes de hammams (bains maures) qui surgissent, tels des oasis, au détour d’une ruelle serpentine ou au fond d’un dédale tortueux ressemblent à des repères dans ce tissu urbain très dense et très compact. Dans un passé, qui ne remonte qu’a quelques décennies, le hammam, héritage des thermes romains que les Musulmans ont adapté à leurs coutumes et mœurs, ont représenté beaucoup plus.
Véritable institution dans la cité au même titre que la mosquée, les souks ou la médersa (école coranique) ces bains permettaient aux croyants de se purifier répondant ainsi aux préceptes de la religion islamique qui préconise une hygiène méticuleuse et des ablutions régulières notamment avant les prières.
Youyou, confidences, médisances et secrets de beauté
Le hammam a par ailleurs très vite fonctionné pour les femmes, confinées à l’intérieur de l’espace privé dans l’ancienne société traditionnelle, comme l’un des rares lieux possibles de rencontre, de convivialité et de socialisation. Il devint pour elles ce que le café est aux hommes.A l’abri de ses belles coupoles et de ses voutes intimistes, elles s’y retrouvaient pour papoter, plaisanter, rire, échanger
confidences, médisances et secrets de beauté. Les mères y choisissaient les futures fiancées de leurs fils. Les jeunes épousées s’y rendaient à trois reprises lors de la cérémonie du mariage. La future maman s’y met en condition pour un accouchement moins douloureux. Quarante jours après la naissance, elle revient s’y faire gommer, masser et épiler le corps et puis teindre les cheveux au henné par la harza (la femme à tout faire du bain). Les dames de la haute bourgeoisie réservaient le hammam rien que pour elles quand elles ne profitaient pas (comble du luxe et du raffinement) du hammam privé attenant à leurs grandes demeures. Tout un attirail les accompagne dans ce lieu : sceau d’argent ou de cuivre, un vase de cuivre à long manche pour puiser l’eau du bassin, le peigne fin (fallaya), le gant à friction (kassa), le tfal mélangé la l’eau de rose et au géranium (savon noir de matière argileuse, ancêtre du champoing)…
confidences, médisances et secrets de beauté. Les mères y choisissaient les futures fiancées de leurs fils. Les jeunes épousées s’y rendaient à trois reprises lors de la cérémonie du mariage. La future maman s’y met en condition pour un accouchement moins douloureux. Quarante jours après la naissance, elle revient s’y faire gommer, masser et épiler le corps et puis teindre les cheveux au henné par la harza (la femme à tout faire du bain). Les dames de la haute bourgeoisie réservaient le hammam rien que pour elles quand elles ne profitaient pas (comble du luxe et du raffinement) du hammam privé attenant à leurs grandes demeures. Tout un attirail les accompagne dans ce lieu : sceau d’argent ou de cuivre, un vase de cuivre à long manche pour puiser l’eau du bassin, le peigne fin (fallaya), le gant à friction (kassa), le tfal mélangé la l’eau de rose et au géranium (savon noir de matière argileuse, ancêtre du champoing)…Avec son court métrage, Hammam Ed’hahb, avaleur des vierges (sorti à Tunisen1986), le cinéaste et homme de théâtre Moncef Dhouib a probablement été le premier à consacrer un film entier au thème du hammam. Il témoigne : « En entamant avant le tournage des repérages dans la médina et une profonde documentation, je me suis rendu compte à quel point le hammam était un lieu typiquement féminin. Le hammam est organiquement lié à toutes les étapes de l’évolution du corps des femmes. Lorsque le jeune garçon qui accompagnait jusque là sa mère au bain est expulsé de ce paradis parce que quelque chose dans son regard a changé et que les femmes ressentent très fort, dans leur corps même, ce changement, il est projeté dans le sinistre et morne univers masculin. Les hommes ne parlent pas au hammam. Leurs rituels au hammam manquent de fête, de youyou et de socialisation ».
Comment concilier patrimoine ancien et hygiène ?
Certes depuis le vent de « modernité », d’émancipation des femmes et de transformations sociales et culturelles qui ont soufflé sur le pays dans les années 60 ainsi que la généralisation de la salle de bain dans les maisons citadines, beaucoup de hammams, des médinas notamment, ont fermé leurs portes. Rarissimes restent les établissements chauffés au charbon ou alimentés à l’eau de puits. Ou encore ceux dotés de colonnes et de chapiteaux anciens, de pierres de taille, de banquettes en calcaire ou de maghtas (petites piscines carrées remplies d’eau chaude ou froide).En Tunisie, nous sommes loin de la situation d’urgence qui pèse sur des pays comme l’Egypte, la Syrie ou le Liban.
Là-bas, cette institution agonise à petit feu. Elle semble, hélas, appartenir au passé. Au Caire, les hammams se comptent sur les doigts des deux mains. On dénombrait à Damas au Moyen Age des centaines de bains magnifiques. Ceux qui assurent un fonctionnement régulier ne dépassent pas la quinzaine aujourd’hui. Bien sûr nos hammams historiques à nous, situés à Tunis, ayant depuis longtemps privilégié la fonction utilitaire ne rivalisent point en beauté et en monumentalité avec ceux d’Orient. Tout l’art consisterait aujourd’hui à protéger leurs sobres éléments décoratifs anciens, remontant jusqu'à l’époque hafside tout en exigeant des gestionnaires des lieux de respecter une hygiène à toute épreuve. Car ceux parmi les propriétaires qui se sont évertués à remplacer la pierre de taille - elle créait pourtant une magnifique atmosphère dans le hammam- par des murs et des sols d’une froideur glaciale en jelliz contemporain ont tout simplement répondu à une instruction municipale sous-tendue par un souci de propreté. Beaucoup de doutes pèsent sur le degré d’efficacité de cette stratégie.
Là-bas, cette institution agonise à petit feu. Elle semble, hélas, appartenir au passé. Au Caire, les hammams se comptent sur les doigts des deux mains. On dénombrait à Damas au Moyen Age des centaines de bains magnifiques. Ceux qui assurent un fonctionnement régulier ne dépassent pas la quinzaine aujourd’hui. Bien sûr nos hammams historiques à nous, situés à Tunis, ayant depuis longtemps privilégié la fonction utilitaire ne rivalisent point en beauté et en monumentalité avec ceux d’Orient. Tout l’art consisterait aujourd’hui à protéger leurs sobres éléments décoratifs anciens, remontant jusqu'à l’époque hafside tout en exigeant des gestionnaires des lieux de respecter une hygiène à toute épreuve. Car ceux parmi les propriétaires qui se sont évertués à remplacer la pierre de taille - elle créait pourtant une magnifique atmosphère dans le hammam- par des murs et des sols d’une froideur glaciale en jelliz contemporain ont tout simplement répondu à une instruction municipale sous-tendue par un souci de propreté. Beaucoup de doutes pèsent sur le degré d’efficacité de cette stratégie. Et si dans les années 70, les architectes de l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis (ASM), ont élaboré des relevés d’une bonne partie des bâtiments de la vieille ville, ils ont finalement occulté les hammams. A ce moment-là ces espaces semblaient florissants. Tout d’abord, ils connaissaient une dynamique sous l’impulsion des populations issues de l’exode rural. Ensuite, l’urgence se situait ailleurs. Elle touchait les maisons, les palais, les mosquées, les monuments…Ceux-là qui tapissés de somptueux marbres, de céramiques polychromes, de stucs finement ciselés et de précieuses pièces en bois sculpté et peint n’avaient rien à voir avec la modestie et la simplicité des hammams.
Le paradoxe tunisien
Mais heureusement qu’il reste dans la médina de Tunis quelques bains traditionnels quasi intacts, tels le hammam de la Noria, situé tout près de la rue du Pacha. Réservé uniquement aux femmes, petit, chaleureux, sa salle de déshabillage surmontée d’une coupole percée de lucarnes, dans une lumière tamisée, il invite au délassement sur des doukkana (banquettes maçonnées) couvertes de nattes et de kilims. Plus loin, derrière la fameuse et si animée place Halfaouine, le hammam Saheb Al-Tabaâ, l’un des rares établissements à être surmonté d’une plaque citant le nom de son bâtisseur et sa date de construction est classé monument historique. Il a été édifié en 1813 par le ministre Yousef Saheb Al-Tabaâ. Ce hammam, très spacieux, reçoit aussi une clientèle étrangère fascinée par la découverte de tout un art de vivre qui se reflète à travers les belles coupoles de forme hémisphérique surplombant la salle chaude et la salle de déshabillage, les jolies maksouras (pièces de repos privées), la profondeur du cheminement menant vers l’étuve. C’est ici que fut tourné en 1990 Halfaouine, le long métrage à grand succès du cinéaste tunisien Férid Boughédir. Exclusivement réservé à la gent masculine, le hammam Kachachine, situé à la rue des Libraires, juste à un jet de pierres de la grande mosquée Ezzitouna, continue à offrir comme il y a plus d’un siècle à ses clients les services
d’un coiffeur.Paradoxalement, si les bains historiques ont tendance à s’évaporer dans les lueurs des souvenirs, des promoteurs s’intéressent aujourd’hui à ce créneau. Dans les quartiers nouveaux, comme à la Cité Ennasr prolongeant la zone d’El Menzah à Tunis, des hammams modernes se construisent chaque jour. Ils rencontrent une clientèle assidue chez les nostalgiques ou ceux qui ne peuvent se passer de ce « médecin muet », comme le dit si bien l’expression populaire locale, ou encore chez ceux qui y vont parfois en groupe pour l’ambiance, le fun et le plaisir. Lorsqu’ils sont plus huppés, les Tunisiens fréquentent les hammams nichés dans les hôtels. Les plus beaux se trouvent du côté de la banlieue nord, sur les hauteurs de Carthage (Hôtel Villa Didon) et sur les rivages de Gammarth (Hôtel Résidence). Car c’est sur le créneau très tendance du bien être, de la zen attitude et de la beauté que se positionne désormais le hammam, devenu un luxe très recherché pour hauts cadres fatigués, stressés et surmenés. Certains vont jusqu'à aménager un hammam sur tout le sous-sol de leur nouvelle villa au Lac ou à la Marsa.
Savent-ils qu’ils renouent ainsi avec une mode architecturale qui a touché beaucoup de demeures dans la médina de Tunis voilà des siècles ?
Un cheminement qui remonte aux Romains
Le hammam, ou bain à étuves, adopte exactement le même cheminement que les thermes romains pour que les corps s’adaptent petit à petit à des univers de plus en plus chauds et saturées d’humidité. C’est là où réside la particularité de cette institution par rapport au sauna par exemple où le client se retrouve tout de suite plongé dans une ambiance à la température surélevée.

A partir d’une salle de repos ou de déshabillage (appelée mahras chez nous), parfois dotée de maksouras, des couloirs en chicane, plus ou moins étroits, mènent les baigneurs a la arraka (caldarium), la salle chaude par excellence. Ils auront traversé auparavant le bit al-barad (le frigidarium), pièce tiédie par sa proximité à la partie chauffée de l’établissement puis beit esskhoun, une salle à la chaleur supportable entourée de banquettes de pierre ou de jelliz où les clients se font poncer, exfolier, nettoyer et masser par les harza pour les femmes et les tayeb pour les hommes.
Côté bien être, la forte température élimine les toxines, calme les rhumatismes et les tensions musculaires, soigne les grippes hivernales, favorise le sommeil et apaise les organismes stressés. Suivie d’une douche tiède et d’un massage aux huiles essentielles, la séance de hammam tonifie et raffermit la peau. Mais attention l’humidité favorise aussi le développement des bactéries. Elle est également déconseillée aux personnes souffrant de troubles circulatoires et cardiaques.
La chaleur aussi est à consommer avec modération. Avant d’expérimenter les eaux brûlantes du hammam, consultez donc votre médecin.
Adresses utiles
Les tarifs du hammam varient beaucoup d’un endroit à l’autre. Si dans les quartiers populaires et dans les médinas, il ne dépasse pas les 2 dinars pour l’adulte et la moitié pour l’enfant, les prix montent en flèche lorsque l’établissement est situé dans un centre de remise en forme ou un hôtel de luxe. Et à chaque fois qu’il est accompagné de massages proposés à la carte et de soins de beauté, épilation, cure de jeunesse pour le visage, massages relaxants…
Voici quelques hammams sélectionnés par nos soins :
A Tunis
- Hammam Kachachine, rue des Libraires (pour les hommes uniquement)
- Hammam la Noria rue de la Noria (pour les femmes uniquement)
- Hammam Halfaouine rue Sidi Chiha par la Place Halfaouine (pour les deux sexes mais à des heures différentes de la journée).
Au Bardo
- Hammam Essaoud boulevard du 20 Mars (pour les deux sexes)
La Marsa
- Hammam Sfaxi rue du 7 Novembre (pour les deux sexes)
Sidi Bou Said
- Le Hammam de la rue Ali Belhaouane (pour les deux sexes)
Le hammam, un capital bien-être
- Quels sont les bienfaits du hammam ?
Le hammam est l'une des meilleures choses que vous puissiez offrir à votre organisme. Il ouvre les pores de la peau, élimine la saleté et les bactéries, libère les sinus et les voies nasales, apaise les douleurs musculaires et facilite la respiration.
Terminez votre séance par un bain chaud, et vous dormirez comme un bébé. Faîtes-la suivre d'une douche fraîche et vous vous sentirez intensément revigoré.
- Le hammam soulage-t-il du stress ?
Mieux que tout autre chose. Ceci est particulièrement important dans une société où tout va vite. Le hammam nous offre une pause nécessaire, à l'écart des soucis quotidiens : une brume de vapeur chaude et apaisante vous enveloppe et vous apporte le calme. Fermez les yeux, respirez profondément et sentez vos tensions s'en aller.
- La pratique du hammam peut-elle faciliter la perte de poids ?
Le bain de vapeur fait perdre de l'eau à votre organisme, ce qui entraîne une perte de poids temporaire. Seul un programme d'exercice régulier et un régime équilibré peuvent vous aider à perdre du poids de manière durable.
Le hammam peut néanmoins être une merveilleux moment de détente après un entraînement physique.
- Le hammam est-il recommandé par les médecins ?Souvent. Ses effets sont très bénéfiques pour les personnes souffrant de problèmes respiratoires tels que l'asthme, la bronchite, les allergies,...
Il permet également d'apaiser les muscles, de soulager les rhumatismes, les bursites,...





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